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Sennelier, histoire d’une maison de couleurs depuis 1887

Sennelier, histoire d’une maison de couleurs depuis 1887

Sennelier, histoire d’une maison de couleurs depuis 1887

Maison incontournable des Beaux-Arts, Sennelier puise ses racines dans le Paris de la fin du XIXème siècle. Tout commence en 1887, lorsque Gustave Sennelier, chimiste passionné par les couleurs, ouvre sa boutique sur le Quai Voltaire, face au Louvre et à deux pas de l’École des Beaux-Arts. Rapidement, l’adresse devient un repaire pour les artistes de la rive gauche, de Cézanne à Picasso, qui viennent y chercher des nuances à la hauteur de leur exigence. Dans cet article, partez à la découverte de l’histoire de cette maison centenaire, des rencontres qui ont façonné ses couleurs, et des innovations qui font aujourd’hui sa renommée.

1887, une boutique de couleurs face au Louvre

Qui était Gustave Sennelier ?

Avant de devenir marchand de couleurs, Gustave Sennelier se forme à la chimie au Conservatoire national des arts et métiers. C’est en passant devant une boutique à louer au 3 Quai Voltaire qu’il décide de reprendre, en 1890, le fonds de commerce du marchand Prévost, dont l’activité remontait à 1773.

Ce regard de chimiste le distingue aussitôt dans l’industrie chimique des couleurs pour artistes. Il pousse même la démarche jusqu’à publier, en 1912, un petit livre détaillant la composition chimique de ses propres produits, une transparence rare pour l’époque.

Cette rigueur scientifique, associée à une réelle écoute des peintres, deviendra la marque de fabrique de toute la maison : chaque nuance naît d’un dialogue entre le savoir du chimiste et l’exigence de l’artiste.

Le Quai Voltaire, repaire des artistes de la rive gauche

Au tournant du siècle, le Quai Voltaire n’est pas un emplacement choisi au hasard. Cette rue qui longe la Seine, nommée en hommage à l’écrivain du XVIIIème siècle, attire depuis longtemps bohèmes, écrivains et étudiants en art venus de l’École des Beaux-Arts toute proche.

La boutique devient vite un lieu de passage obligé pour les peintres de la rive gauche. Aux côtés de Cézanne et Picasso déjà cités, des noms comme Bonnard, Gustave Moreau, Dali, Balthus ou Sonia Delaunay franchissent la porte du magasin au fil des générations.

Ces artistes ne viennent pas seulement acheter leurs couleurs. Ils échangent avec Gustave Sennelier sur leurs besoins, leurs manques, leurs exigences, des conversations qui nourrissent déjà les premières innovations de la maison.

Des rencontres d’artistes qui ont façonné les couleurs Sennelier

Cézanne et les cent premières huiles extra-fines

Dès 1888, soit à peine un an après l’ouverture de la boutique, Gustave Sennelier se lance dans la mise au point d’une gamme de cent nuances d’huile extra-fines, en collaboration directe avec les peintres qui fréquentent son magasin. Cézanne compte parmi ces artistes dont les conseils des autres et l’expérience de chacun deviennent une aide précieuse pour affiner la sélection des pigments.

L’atelier du peintre à Aix-en-Provence a confirmé ce lien avec la marque Sennelier : Cézanne utilisait dix-huit de ces couleurs à l’huile, encore commercialisées aujourd’hui dans la gamme extra-fine actuelle. Dans son ouvrage consacré au maître, P. Richard décrit une palette organisée selon le cercle chromatique, des bleus vers les verts, puis des bruns rougeâtres jusqu’aux jaunes.

Cette méthode de travail, où chaque gradation de teinte trouve sa place, a valu à la palette de tons Sennelier sa réputation de référence de qualité auprès des plus grands noms de la peinture.

Picasso et la naissance du pastel à l’huile

En 1949, c’est par l’intermédiaire de son ami le peintre Henri Goetz que Picasso adresse une demande bien particulière à Henri Sennelier, petit-fils de Gustave : mettre au point une craie de couleur à la cire, capable de glisser sur n’importe quel support sans jamais s’effriter.

De cette requête naît le pastel à l’huile Sennelier, un médium dont la texture onctueuse reste encore aujourd’hui sans équivalent sur le marché. Les pigments de première qualité s’y mêlent à un liant de synthèse pur et à une cire minérale, loin de la gomme arabique des pastels tendres classiques.

Cette invention née d’un dialogue avec Picasso séduira ensuite d’autres amateurs de matière grasse et colorée, puisque Watteau et Fragonard figurent eux aussi parmi les artistes conquis par cette technique.


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