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Question d’artiste : production unique ou plurielle ?

Question d’artiste : production unique ou plurielle ?

Dans le développement d’une pratique artistique, une question revient souvent aux artistes que j’accompagne : vaut-il mieux se concentrer sur un style, une seule technique, une production unique, ou explorer plusieurs pratiques et directions créatives ? L’interrogation est fréquente, que ce soit au début pour un artiste novice ou plus tard pour un artiste confirmé attiré par de nouvelles envies.

Tout artiste a naturellement envie de bien faire les choses :

  • Créer avec ses mains
  • Se faire reconnaître dans le monde de l’art
  • Affirmer son identité artistique
  • Garantir sa viabilité professionnelle

Alors, production unique ou plurielle ? That is the question.

Dans cet article nous allons décortiquer ces 2 approches et aborder ensemble les atouts et les limites que peuvent entrainer ces choix.

Gestes, intention, outils pour faire vivre son art

Avant même de se demander si l’on souhaite développer une production unique ou plurielle, il est plutôt judicieux de se poser une question : voulez-vous faire de votre pratique artistique une démarche professionnelle ? Ce choix orientera non seulement votre processus créatif, mais aussi la manière dont vous présenterez votre travail au public.

Et dans cette voie de professionnalisation, un autre choix s’impose à tout artiste : celui de la qualité. Les pigments, les pinceaux, les toiles ou support papiers, qui ne sont pas de simples détails, ils déterminent la longévité de l’œuvre, ils permettent qu’elle traverse le temps et les lieux où elle sera accueillie.

Voulez-vous faire de votre pratique artistique une démarche professionnelle ?

Démarche artistique professionnelle ou activité de loisir ?

Là où les loisirs créatifs privilégient l’accessibilité, l’expérimentation immédiate, la créativité sans enjeux (pas de pression sur la qualité, la pérennité ou la diffusion), l’artiste face à son chevalet recherche une vision, une profondeur, une œuvre qui traverse le temps.

L’œuvre n’est pas seulement le reflet de l’esprit de l’artiste : elle porte une histoire, une énergie, un univers, et elle est destinée à trouver sa place dans un nouveau foyer pour y continuer sa vie, même sans la présence de son créateur/créatrice.

On me demande souvent où je me fournis en pinceaux, toiles ou peintures. Et je réponds que selon vos besoins, votre budget et même les rencontres, certaines enseignes seront plus adaptées que d’autres. Parmi les enseignes réputées en France, mon choix se porte naturellement sur Le Géant des Beaux-Arts, non seulement pour la qualité et la diversité des fournitures, mais aussi pour les échanges que j’ai la chance d’avoir avec les membres de leur équipe.

Je suis artiste ambassadrice depuis 2012 ou 2013, et ce n’est pas un hasard si je continue de leur faire confiance : cette relation s’inscrit dans la durée et reflète un véritable engagement mutuel, fondé sur le partage, les valeurs, la proximité qu’ils cultivent avec les artistes, la qualité du matériel proposé et ça j’apprécie !

Ainsi, la qualité n’est pas un luxe, mais une exigence artistique. Elle garantit que mon art ne se limite pas à de l’éphémère.

Entre portraits peints et scènes de l’atelier d’Amylee.

Avoir une production artistique unique ?

Se spécialiser dans un style, une technique/médium ou une thématique précise permet de développer une identité forte.
L’artiste va alors créer un type d’œuvres, un univers artistique singulier ou une manière de travailler spécifique.

Avantages :

  • Reconnaissance plus rapide auprès des galeristes, des collectionneurs et des institutions culturelles.
  • Cohérence de communication au sein du portfolio, site web et réseaux sociaux qui racontent une même histoire.
  • Construction d’une marque artistique solide, plus facile à vendre et à diffuser.

Limites :

  • Risque de stagnation si les œuvres se répètent trop et manquent de renouvellement.
  • Pression commerciale qui peut freiner l’expérimentation, la prise de risque et les élans créatifs.
  • Perte de motivation liée à la frustration de ne pas explorer d’autres envies, techniques ou univers artistiques.
  • Enfermement dans une identité artistique figée, difficile à faire évoluer avec le temps.
  • Attentes du public ou des institutions qui peuvent imposer une cohérence au détriment de la liberté personnelle.

Conseil à retenir : même dans une production unique, introduire de petites variations ou micro-expérimentations vont nourrir la créativité tout en restant reconnaissable.

Avoir une production artistique plurielle ?

Une production plurielle consiste à diversifier médiums, techniques ou thèmes, parfois dans des disciplines très différentes. Un artiste peut ainsi travailler simultanément la peinture (acrylique, huile), la sculpture (argile, bois), la photographie, la performance, la vidéo, ou varier entre styles abstrait et figuratif.

Avantages :

  • Liberté créative totale.
  • Adaptabilité à différents contextes (expositions, commandes, résidences).
  • Enrichissement du langage artistique grâce à la diversité des techniques.

Limites :

  • Risque de ne pas être immédiatement reconnaissable par le public ou les professionnels.
  • Complexité de communication : chaque support, médium ou projet doit raconter une histoire cohérente malgré leur diversité.
  • Difficulté à construire une signature visuelle ou conceptuelle stable.
  • Plus de temps, d’énergie et d’organisation nécessaires pour produire et mener plusieurs pistes en parallèle.
  • Pression à l’auto-justification : nécessité d’expliquer et de légitimer la pluralité de la démarche.
  • Possibilité de dilution du propos artistique si les intentions ne sont pas clairement affirmées.
  • Gestion plus complexe des attentes institutionnelles, souvent attachées à une pratique identifiable.

Exemples concrets entre artistes :

  • Production unique : Jean Dupont, peintre de portraits abstraits à l’huile, communique exclusivement sur sa production maîtrisée via son Instagram et son site web. Ses explorations à l’aquarelle, en cours d’apprentissage auprès d’un autre artiste, restent pour l’instant son “jardin secret” : il les pratique sans les partager publiquement, réservant cette expérimentation à son développement personnel.
  • Production plurielle : Claire Martin, peintre et photographe, structure sa production en deux portfolios distincts lorsqu’elle répond à des appels à projets. Récemment, pour une candidature à une résidence, elle a présenté son portfolio de photographies en noir et blanc, centrées sur ses explorations d’urbex et de paysages urbains. Parallèlement, elle expose ses portraits animaliers colorés dans une clinique vétérinaire de sa ville, cet exemple illustre bien sa capacité à gérer simultanément des pratiques variées.
Un artiste peut explorer des sujets différents au sein d’une même discipline artistique.

Identifier les priorités artistiques et professionnelles

Avant de choisir, posez-vous ces questions :

  • Quel est mon objectif principal ? Reconnaissance, liberté créative, exploration personnelle, vente ?
  • Suis-je à l’aise avec le marketing, le storytelling d’une pratique plurielle ?
  • Ai-je le temps et les ressources pour mener plusieurs projets artistiques, plusieurs productions ?
  • Mon identité artistique a-t-elle besoin, à ce stade, d’une diversification de la production ?
  • Suis-je en capacité de m’engager durablement dans cette nouvelle pratique afin d’en atteindre une réelle maîtrise ?
  • Ma pratique actuelle est-elle suffisamment solide pour me permettre d’explorer de nouvelles techniques encore non maîtrisées sans me disperser ?

Conseil à retenir : faites un tableau “avantages / inconvénients” pour visualiser les influences de vos choix sur votre carrière.

Ce street artiste explore des portraits abstraits à la peinture acrylique.

Peut-on avoir une identité artistique forte avec une production plurielle ?

Un artiste peut avoir des “familles d’œuvres” au sein d’une production plurielle : par exemple, une production abstraite, une production figurative en 3D et une expérimentation multimédia. Et donc, la pratique plurielle peut coexister avec une identité forte.

Comment faire ? Tout passe par la communication.

Définir un fil rouge dans la communication

Dans la communication, c’est-à-dire dans le discours de l’artiste et la manière dont il présente son travail au public, un élément commun peut servir de fil conducteur et relier des productions multiples, même très différentes formellement :

  • Palette de couleurs récurrente
  • Thématique centrale abordée
  • Technique particulière qui traverse plusieurs projets
  • Intention artistique similaire entre 2 productions différentes
  • Style de composition ou mise en scène reconnaissable
  • Formes ou motifs récurrents dans différentes familles d’œuvres (par exemple entre sculpture et peinture)
  • Matériaux privilégiés ou supports caractéristiques
  • Ambiance ou atmosphère commune dans les œuvres (sombre, lumineuse, poétique, minimaliste…)
  • Narration ou storytelling cohérent à travers les productions
  • Références culturelles ou symboliques récurrentes dans les œuvres de différentes productions
  • ADN visuelle (tracé, geste, touche, façon de peindre)

Segmenter le discours pour faciliter la compréhension du public

Une production artistique plurielle ouvre la voie à une offre de services plus diversifiée.

En effet, les artistes oublient parfois que la diversification de leur pratique entraîne également une diversification de leur proposition professionnelle. Cette pluralité constitue pourtant un véritable atout : en explorant plusieurs médiums, thématiques ou formats, l’artiste peut proposer une variété d’œuvres à la vente, mais aussi des prestations, des formats de diffusion et des expériences associées différents.

Toutefois, pour rendre cette diversité lisible et pertinente, l’artiste aura besoin d’adopter une communication claire, structurée et consciente de ses enjeux. Cette approche met en valeur la singularité de chaque production artistique, permet de toucher le public le plus réceptif et renforce la cohérence du parcours de l’artiste sans pour autant brouiller le message global de sa démarche artistique.

En effet, des sculptures textiles abordant la maternité ne toucheront pas nécessairement les mêmes publics que des œuvres réalisées en plastique recyclé questionnant l’écologie, ou que des portraits chamaniques d’animaux totems. Chaque univers mobilise des sensibilités, des références et des attentes différentes.

Ainsi, chaque série d’œuvres appelle un discours spécifique : le vocabulaire employé, les visuels sélectionnés, les supports de communication, voire les lieux d’exposition ou les événements investis, doivent être pensés avec soin.

L’artiste créateur et aussi un médiateur culturel

La communication de l’artiste constitue un espace de médiation entre l’art et le public. Pour préserver la clarté du propos et la cohérence de l’ensemble, le discours doit être organisé et adapté aux différents outils de communication.

Une artiste peut avoir une production abstraite, une autre figurative et faire des expérimentations multimédia.

La segmentation de production plurielle se retrouve dans :

  • Des portfolios distincts pour chaque série ou type de production lors d’un premier contact
  • Un catalogue ou un inventaire global, organisé par sections, pour présenter l’ensemble des œuvres ou du stock
  • Un site web au menu clair (peinture, photographie, installation, etc)
  • Des réseaux sociaux qui alternent les publications par série, tout en conservant une identité visuelle cohérente.

La segmentation est particulièrement efficace dans le cadre de candidatures, d’appels à projets ou des prises de contact dans des collaborations : elle permet de sélectionner les œuvres en fonction du contexte et de mettre en avant une démarche précise au sein d’une pratique plurielle.

Après un premier échange, si l’artiste est sollicité pour approfondir la présentation de son travail, il pourra alors proposer :

  • Un autre portfolio dédié à une série spécifique, selon la demande (galeriste, commissaire, institution)
  • Un catalogue complet de l’ensemble des œuvres, clairement structuré par catégories.

Cette méthode progressive améliore la lisibilité du discours et permet une meilleure compréhension des productions artistiques, qu’elles soient uniques ou plurielles, auprès des galeristes, des journalistes et des clients.

Conseil à retenir : toutefois, des exceptions peuvent s’appliquer dans le monde de l’art. Par exemple, un artiste développant deux techniques distinctes : des portraits de visages ethniques peints à la gouache sur papier 400 g/m², et des sculptures en bois d’Abachi représentant ces mêmes types de visages, et les présenter au sein d’un seul et même portfolio.

Malgré la diversité des techniques, des supports, ces œuvres conservent une forte cohérence formelle et conceptuelle : une thématique commune, une palette de couleurs proche, ainsi qu’une esthétique et des motifs récurrents. Cette continuité permet alors de considérer l’ensemble comme une seule production artistique, plutôt que comme des pratiques distinctes.

Communication et storytelling

Dans toute communication écrite, l’objectif est de guider le public. L’artiste aura donc besoin de créer des textes, en particulier lorsqu’il s’agit de présenter sa démarche, ses intentions, sa vision artistique. Dans un portfolio, cette démarche tient généralement sur une seule page.

Si vous développez plusieurs productions artistiques, il est recommandé d’organiser votre texte en plusieurs paragraphes distincts afin d’en faciliter la lecture et la compréhension.

Le premier paragraphe peut être consacré à l’intention artistique générale. Il s’agit d’y exposer les enjeux globaux de votre démarche, les thématiques récurrentes, ainsi que les questionnements qui traversent l’ensemble de votre pratique.

Le second paragraphe peut ensuite se concentrer sur la série d’œuvres ou la production mise en avant dans le document concerné (portfolio, texte d’exposition, dossier artistique). Ce focus permet de préciser le contexte de création, les choix plastiques, ainsi que le “pourquoi” et le “comment” de ces œuvres.

Enfin, un dernier paragraphe, volontairement synthétique, va rappeler que votre pratique artistique se poursuit et qu’elle est plurielle. Il s’agit simplement d’y mentionner, de manière concise, l’existence de vos autres productions, approches ou techniques, sans entrer dans le détail. Ces dernières pourront être développées plus largement dans leurs portfolios ou documents dédiés.

Suggestions d’articles à lire qui complètent le sujet du portfolio :

Lorsque photos et masques présentent des liens forts, ils peuvent être rassemblés dans un même portfolio.

Extrait de démarche artistique avec pluralité d’expressions

Mon travail pictural explore le souvenir de l’enfance à travers une variété de formes et de matières. Je m’intéresse à la mémoire affective et aux sensations qu’évoquent ces expériences, que je traduis par des couleurs vives, des textures et des collages. La peinture acrylique reste au cœur de ma démarche : chaque portrait devient un véritable terrain de jeu où pigments et matériaux hétérogènes se rencontrent.

Dans ce portfolio, je présente une série de petits formats sur toile de coton illustrant mon approche sensorielle et ludique de la mémoire. Ces portraits colorés, enrichis de collages de matières naturelles, témoignent d’une attention particulière à la texture et à la matérialité. Ils montrent comment l’enfance peut être revisitée à travers des matériaux variés, pour offrir ainsi au public une expérience à la fois intime et immersive.

Lors d’expositions certaines œuvres sont d’ailleurs accompagnées d’éléments interactifs pour inviter le public à toucher, manipuler ou simplement s’émerveiller devant cet univers.

Parallèlement, je développe d’autres productions qui élargissent mon langage artistique : sculptures en fil de fer oxydé et installations immersives autour du jeu. Ces différentes approches, présentées dans des portfolios dédiés me permettent de varier mes projets.

Réputée pour ses portraits, Amylee apparaît dans son atelier au milieu de ses floraisons abstraites.

Production unique ou plurielle ? : l’avis d’Amylee

Pour les artistes qui se questionnent sur le choix d’une production unique ou plurielle, voici ma réponse inspirée de la tirade d’Édouard Baer dans le monologue d’Otis du film Astérix & Obélix, Mission Cléopâtre (sorti en 2002) :

Vous savez, moi je ne crois pas qu’il y ait de bonne ou de mauvaise manière de produire. Si je devais résumer ce que j’ai compris de la création aujourd’hui, je dirais que tout commence par les rencontres… Rencontres avec des formes, des couleurs, des techniques, des idées, et avec des spectateurs, des mentors, des artistes qui nous inspirent et nous tendent la main.

Et c’est assez curieux de se dire que ces rencontres, ces essais et ces expériences forgent notre parcours artistique… Parce que, quand on a le goût de créer, quand on aime le geste, la matière, le médium, chaque production, qu’elle soit unique ou plurielle, nous fait grandir.

Et il faut savoir remercier ces expériences, célébrer le chemin parcouru, danser avec ses choix, aimer ce que l’on fait… car au fond, la création n’est que passion. Et finalement, quand beaucoup d’artistes se demandent : “Est-ce bien de se concentrer sur une seule production ou d’explorer plusieurs voies ?”, je leur réponds très simplement : il n’y a pas de règle universelle.

L’important, c’est le goût de créer, l’amour de l’art, et la sincérité de votre démarche. Aujourd’hui vous explorez un processus créatif, demain peut-être un autre, ou encore plusieurs en même temps… Le tout est de rester fidèle à votre curiosité, à votre inspiration, et de partager votre univers avec ceux qui sauront le recevoir.

Vous l’aurez compris, il n’existe pas de “bonne” ou de “mauvaise” manière de créer. Chaque artiste est libre de suivre son propre chemin artistique.

  • Si vous avez envie de créer inlassablement la même chose, faites-le !
  • Si vous ressentez le besoin d’explorer, de varier et de vous laisser absorber par différentes inspirations comme une éponge, faites-le aussi !

Ce qui compte vraiment, c’est la façon dont vous transmettrez votre message et expliquerez le “pourquoi” et le “comment” de votre travail artistique. Si l’interprétation libre du public est précieuse, le discours de l’artiste (via sa communication) reste toujours utile pour saisir son intention et apprécier pleinement son univers.


Fournitures Beaux-Arts

Amylee
Amylee
Floraisons abstraites ou portraits fleuris, la passion d’Amylee Paris est de faire rayonner ses couleurs entre ses galeries d’art (Suisse, Autriche, Angleterre), ses collectionneurs et sa communauté. En 2009, Amylee fonde amylee.fr : atelier Conseil pour artistes devenu organisme de Formation certifié Qualiopi. Elle partage son métier d’artiste peintre dans des articles blog, des guides à télécharger, des coachings et des formations éligibles au CPF pour aider les artistes peintres à se professionnaliser dans le monde de l’art.

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