l'Atelier Géant
Gravure
A vous de graver !
La gravure sur bois fut inventée par les Chinois au début de notre ère. Les Mongols envahirent la Chine et l’Inde et y apprirent le jeu de cartes, distraction favorite du soldat désœuvré. Pour renouveler les jeux de cartes usés, ils utilisaient la technique chinoise de gravure qu’ils répandirent ensuite aux portes de l’Europe.

Gutenberg mit au point les différents dispositifs d’impression: presse, encre et alliage métallique des lettres. L’invention de l’imprimerie et de la gravure sont le fruit de plusieurs siècles de travail et leurs origines sont dues à 4 découvertes très anciennes: les sceaux, le papier, l’estampe et les caractères mobiles.

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L’estampe

Le procédé d’estampage remonte à la prise de copie sur les textes classiques confucéens gravés sur pierre en 175-183 avant notre ère. Gravées en creux, les estampes ne venaient qu’en blanc sur fond noir.
L’usage des sceaux permit de perfectionner les techniques. Au début du VIe siècle, l’impression vint en,  noir (ou rouge) sur fond blanc. Cette découverte contenait le principe même de l’imprimerie.

1. Graver en relief

La gravure sur bois

Cette technique de reproduction servait déjà au Moyen Âge pour l’impression des étoffes. Vers 1430 apparut le bloc d’impression sur lequel sont gravés textes et illustrations, à savoir l’ancêtre du bloc à lettres mobiles. Cette technique consiste à évider sur la planche de bois – noyer, poirier, pommier ou encore merisier – pour réserver les traits en relief du dessin à l’aide de gouges ou de canifs. L’image laissée en relief sur la planche de bois a été “épargnée”. L’encre appliquée sur la plaque va en effet se déposer sur les parties du motif épargnées et les parties creusées resteront blanches sur l’œuvre imprimée. L’artiste dépose ensuite une feuille de papier sur sa plaque de bois ainsi encrée et exerce une pression sur l’ensemble afin que la réalisation, en l’occurrence les parties encrées, soit reportée sur le papier. Albrecht Dürer fut un virtuose de la gravure sur bois. On pense notamment au cycle de l’Apocalypse (1497-1498).

La linogravure

La technique de la linogravure fait son apparition au milieu du XIXe siècle. Le linoléum se compose de poudre de liège, d’huile de lin, de gomme et de résine comprimées sur une toile de jute. Cette matière tendre se grave aisément dans tous les sens. On obtient les mêmes effets qu’avec le bois, mais avec une libération du geste et une plus grande souplesse de la ligne.

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L’apparition de la taille-douce

Le XVe siècle marqua l’avènement de la gravure en creux sur métal, notamment sur cuivre et sur zinc, qui devint un mode d’expression artistique très prisé. Il s’agissait de graver le motif sur le métal, avec une pointe sèche ou un burin. L’encre appliquée sur la plaque de métal est retenue par les sillons, si bien que le papier pénètre dans les sillons et absorbe l’encre sous l’effet de la presse. Le pionnier de l’estampe en creux à la pointe sèche et au burin fut le peintre et graveur alsacien Martin Schongauer à la fin du XVe siècle. Il mit en exergue la subtilité de cette technique et ses gravures firent florès en Europe. L’éclosion de la taille-douce en Italie fut initiée par les orfèvres Toscans, puis par des graveurs florentins de l’entourage de Botticelli.

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2. La gravure en creux ou “taille-douce”

L’oeuvre d’Albrecht Dürer est là encore une merveilleuse expression de cette technique. Outre ses créations très célèbres sur bois, Dürer, en suivant la voie tracée par Martin Schongauer, porta la gravure sur cuivre au pinacle. Il explora toutes les facettes de cette technique et réalisa une myriade de gravures dont la portée fut universelle. Dürer s’imposa incontestablement comme le plus grand graveur de son époque.

L’eau-forte

La technique de l’eau-forte apparut quant à elle au début du XVIe siècle. Ce procédé “indirect” consiste à obtenir la gravure sur métal non plus en creusant directement à l’aide d’un outil mais en plongeant la plaque dans un bain d’acide en vue d’une “morsure sélective”. C’est l’acide qui endosse le rôle de la pointe sèche et du burin. La plaque de métal est recouverte d’un vernis destiné à la protéger contre l’acide. L’artiste grave son dessin sur le vernis à l’aide d’une pointe en évitant soigneusement de toucher le métal. L’acide attaquera les parties du métal ainsi mises à jour lorsque le graveur plongera la plaque dans le bain d’acide. Le temps d’immersion détermine la profondeur des creux et donc l’intensité des traits lors du tirage sur papier. Le graveur rince ensuite la plaque de métal à l’eau claire, retire le vernis et effectue l’encrage et l’impression de manière classique. La première réalisation à l’eau-forte fut l’oeuvre du suisse Urs Graf en 1513. Jacques Callot introduit cette technique en France au début du XVIIe siècle et lui insuffle de nouvelles inspirations. Durant ce siècle, Rembrandt laisse son génie s’exprimer aussi bien dans le domaine pictural que dans celui de la gravure à l’eau-forte. Il s’adonna avec tout autant de brio à la gravure à la pointe sèche, ses oeuvres faisant de lui le plus grand graveur du XVIIe siècle. De nombreux peintres célèbres se sont essayés à l’eau-forte du XVIIe siècle à nos jours : Pieter Bruegel, Lorrain, Whistler, Manet, Pissaro, Degas et, plus récemment Mirò, Matisse, Picasso, Hopper et Marc Chagall.

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L’aquatinte et la manière noire

Les gravures au burin, à la pointe sèche et à l’eau-forte sont certes les techniques de taille-douce les plus connues, mais de nombreuses variantes ont été développées au cours des siècles. L’aquatinte, dérivée de la gravure à l’eau-forte, consiste à recouvrir la plaque d’une couche de résine et à faire chauffer la poudre de résine pour qu’elle adhère au métal et le protège lors de l’immersion dans l’acide. À la différence de l’eau-forte, on ne va pas tracer des traits pour les faire mordre par l’acide mais concevoir une couche de protection poreuse qui, sous l’action de l’acide, va produire un grain : seul le métal mis à nu entre les grains de résine est mordu par l’acide.
Les surfaces devant rester blanches à l’impression sont réservées à l’aide d’un vernis dur appliqué au pinceau, et ce avant de plonger la plaque dans l’acide. L’aquatinte permet d’obtenir des valeurs nuancées, à la manière d’un lavis. Cette technique, apparue au XVIIIe siècle et utilisée entre autres par Francisco Goya, vise à obtenir des gammes de teintes variées et des effets comparables au lavis. Hormis l’aquatinte, on peut citer la manière noire, également appelée mezzotinto. La manière noire est à l’origine destinée à rendre les effets de la peinture. Il s’agit là de dépolir la plaque de métal avec un berceau – outil à lame courbe finement dentelé – pour lui conférer un grain rugueux. La plaque est criblée de petits trous. Le côté rond et hérissé du berceau est pressé sur la plaque en long en large et en diagonale. La perforation donne au tirage une surface uniformément noire. Le graveur va ensuite, à l’aide d’un brunissoir, polir certaines aspérités de la surface pour qu’elles retiennent moins l’encre. La manière noire permet donc de réaliser toutes les nuances des 1/2 teintes au noir profond.

Les outils

Les adeptes de la taille-douce utilisent quant à eux le burin, un outil à la pointe d’acier en forme de carré ou de losange, une des extrémités étant taillée en biseau, à 45°, pour être tranchante. Le burin permet d’enlever un copeau de cuivre qu’on appelle la barbe et qui sera retirée avant l’impression. Le sillon qui va recevoir l’encre est ainsi formé. On attribue l’invention du burin au florentin Maso Finiguerra au XVe siècle. Albrecht Dürer fut un des plus illustres graveurs au burin. La pointe sèche est un outil en acier très affûté qui soulève une barbe abondante. Rembrandt fut un virtuose de la pointe sèche.

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