Biennale d’art Contemporain de Melle

L’ART CONTEMPORAIN DANS LA VILLE DE MELLE : ORIGINE ET ÉVOLUTION (1989 – 2013)

Dès 1989, dans le paysage artistique du Poitou-Charentes, la ville de Melle prend un caractère d’exemplarité en confiant à l’artiste Danois Knud Viktor la création d’une œuvre sonore « Éclat d’argent » dans le site historique des Mines des Rois Francs. Son engagement en faveur des arts plastiques se confirme avec une première programmation culturelle dans le patrimoine historique de Melle, « L’été roman et promenades contemporaines », sous la direction artistique d’Henri-Michel Borderie. Des artistes plasticiens « imagiers du son » investissent la triade romane (installation sonore et lumières noires de Christina Kubisch, en l’Église Saint-Pierre Pour les hirondelles de Saint-Pierre ; création du M-H Tronic, diffuseur de musiques sacrées et rituelles du monde entier, installé en l’Église Saint-Hilaire).

 

DU « ROMAN DE LA NATURE » À « ROMANES »
De 1991 à 1995, avec « Le Roman de la Nature » se créent des liens entre le milieu végétal et les artistes. L’intervention de Claude Nuridsany et de Marie Perennou, en 1991, marque cette période. Avec la création en 1996 de « Romanes », festival d’art contemporain sous la responsabilité artistique de Michelle Guitton, des œuvres sont produites in situ : Les trois primaires perpétuelles de Yann Kersalé ou Sans-titre (Derviches tourneurs) de Michel Blazy en l’Église Saint-Pierre. Pour célébrer le passage au troisième millénaire, Françoise Quardon réalise une commande publique Le pont aux roses, place Groussard, en 2002.

 

LA NAISSANCE DE LA BIENNALE INTERNATIONALE D’ART CONTEMPORAIN DE MELLE
Avec « L’art d’être au monde » (2003), sous la direction artistique de Dominique Truco, la premièreBiennale internationale d’art contemporain se construit et se déploie à l’échelle de la ville entière. 38 artistes internationaux réalisent dans le cadre de courtes résidences des œuvres nouvelles dans 70 lieux publics ou privés de la ville. Plus de 300 œuvres habitent la ville et sont à découvrir. « La fonction de l’artiste c’est de prendre, dans son atelier, le monde en réparation, comme il vient, par fragments », écrivait le poète Francis Ponge dans L’Atelier contemporain. « L’art d’être au monde » incarne cette pensée de Francis Ponge et met en acte cette fonction de l’artiste dans la ville, nourrissant rencontres et créations pertinentes entre les artistes, les contextes et les habitants.Grâce à l’engagement des artistes invités et des acteurs locaux associés, la ville de Melle.

 

 

Questions à Dominique Truco, Directrice artistique de la Biennale d’Art Contemporain de Melle.

Comment est née la biennale d’art contemporain de Melle ?
L’art contemporain est présent à Melle depuis 1989 avec la création de Knud Viktor dans les Mines d’argent des Rois Francs, puis du Festival Romanes à partir de 1996. En 2003, l’exposition estivale dans les églises romanes a pris une nouvelle dimension par l’extension du projet artistique à l’échelle de la
ville entière. D’où le souhait des élus de transformer la manifestation en biennale.

Comment les biennales sont-elles construites ?
Par nécessité et cohérence, celle de rapprocher l’art de la vie. Mon credo depuis 26 ans aux côtés des
artistes dans le champ de l’art ! Les orientations des biennales semblent rétrospectivement s’être engendrées naturellement. En 2003, il s’agissait de réaccorder les habitants avec la création à la demande du maire et de l’équipe municipale.

Quel plus beau projet à l’échelle d’une ville ?

J’ai fait le tour de Melle. Un porte-à-porte pendant trois mois pour rencontrer les acteurs de la ville dans tous les domaines culturels, sociaux, économiques et les associer à mon projet artistique « L’art d’être au monde » et tenter d’inventer à Melle cet atelier contemporain dont rêvait le poète Francis Ponge. « Soit prendre le monde en réparation », faire vivre l’art dans la proximité du quotidien, révéler sa force d’inclusion et qu’il est un réel moyen de connaissance à partager.

En 2005 avec « Vies à Vies/Portrait de Ville », les liens s’étendent entre les habitants et les artistes. C’est un portrait de ville, fondé sur la considération de l’autre, d’ici et d’ailleurs avec Albert Jacquard pour référent. En 2007, la qualité des rapprochements m’a permis d’aller plus loin, de se demander « qu’est-ce qu’on fait ensemble sur cette planète ? » et d’éveiller les consciences aux enjeux écologiques avec notamment la création du premier jardin de résistance de Gilles Clément, référent aux côtés de Wangari Maathai. C’est ainsi que j’ai conçu « Eau, Air, Terre : la Sagesse du Jardinier ».
En 2009, la dimension écologique se poursuit avec « Être arbre, Être nature » et des artistes qui travaillent dans la nature et avec la nature.
En 2011, c’est l’existence de l’homme sur planète en état de crise qui est au cœur de la biennale, les grandes questions migratoires, la xénophobie… En 2013, « Être humain et le savoir ensemble » est une célébration de la vie et des valeurs humaines qui nous portent au-dessus de nous-mêmes.

Comment choisissez-vous les artistes ?
Mes choix artistiques se fondent sur la démarche et la pertinence des recherches des artistes, qu’ils
soient émergents ou de notoriété internationale. Chaque artiste invité à créer une œuvre à Melle commence par visiter la ville, rencontre les élus, appréhende à la fois l’environnement, historique et naturel, et le tissu humain. Ensuite les artistes conçoivent leur projet, reviennent pour travailler. C’est ainsi que les œuvres prennent place un peu partout, aussi bien dans les parcs et les églises romanes que dans les structures culturelles et éducatives ou chez les 50 commerçants…

À quoi attribuez-vous le succès de la biennale ?
De 2003 à 2011, le nombre de visiteurs est passé de 6 000 à 30 000. Dans cette petite cité de caractère de 3 800 habitants, une nouvelle histoire s’invente entre les artistes, les habitants, les visiteurs. Les artistes sont surpris de l’accueil qui leur est réservé à Melle et c’est réciproque. Dans ce rapprochement, où prime l’exigence de qualité et la considération de l’autre, s’épanouit un art d’être au monde, pour mieux vivre ensemble.

 

Dominique Truco est directrice artistique de la Biennale internationale d’art contemporain de Melle depuis 2003. Elle est chargée de mission pour la Ville de Poitiers depuis 2005 et commissaire d’exposition pour l’Abbaye de Noirlac – Centre culturel de rencontre et a dirigé l’art contemporain au Confort Moderne à Poitiers de 1988 à 2000.

Elle a été commissaire des expositions : Jardin Théâtre Bestiarium (1989), James Turrell (1990-1991), Glen
Baxter (1990), Jean-Luc Moulène, Gabriel Orozco, Monique Tello (1994), Claude Lévêque (1995), Marylène Negro, Fabrice Hyber, Pierrick Sorin, Monique Tello (1997), Jacques Villeglé et Pierre Henry (1999), Marie-Ange Guilleminot, Jakob Gautel, Bernard Heidseick, Serge Pey (2009), Kôichi Kurita (2005 & 2013), Thierry Fontaine et Patrick Tosani (2012).

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2 réflexions au sujet de « Biennale d’art Contemporain de Melle »

  1. Bonjour,
    Je suis artiste peintre-plasticienne du nord-Isère (Bourgoin-Jallieu), référencée sur Active-Art en figuratif imaginaire-visionnaire-fantasmatique-médiumnique.
    Je viens de découvrir le site de la biennale de Melle
    Je suis née près de Melle, je suis allée au lycée à Melle, ma famille réside tout près et…il ne m’ont jamais parlé de cet évènement important!!!
    Bénévole depuis 15ans d’une association environnementale, ma production picturale est centrée essentiellement sur la nature
    Je suppose que le choix des artistes est déjà fait et que ma candidature ne vous intéresse pas forcément , mais si vous pouvez prendre le temps d’aller visiter mon site…
    Très cordialement
    Isa G.

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