Démonstration d’aquarelle avec Alexis Le Borgne !

L’artiste Alexis Le Borgne nous explique en quelques étapes sa manière de réaliser une aquarelle.

 

Le sujet:

La cabane du jardin de mon grand père pour lui rendre hommage. Un sujet lumineux, de belles ombres douces ou marqués, une belle composition, dans le presque monochrome et riche en souvenirs… Je recherche un résultat moins verdoyant, une atmosphère à la fois douce en contraste avec un aspect dramatique pour cette très vieille cabane, une atmosphère plus lumineuse, comme une ambiance de soir d’été… 

 

Le matériel:

J’utilise les pigments au miel Sennelier en tube, j’aime leur luminosité et leur onctuosité…

Ma palette est composée en général de : Bleu de Prusse, Ocre Jaune, Cramoisie d’Alizarine, Vert de Vessie, Terre de Sienne Brulée, Brun Van Dyck, Bitume, Vert de Phtalo, Outremer …etc

Je les choisis en fonction de leurs possibilité, transparence/opacité et saturation… Un domaine long mais passionnant !

Pour les pinceaux, les petits gris purs Raphaëlle série 803 (tailles 8,2,1 et 2/0), indispensables pour les lavis et en général, d’un traînard et d’un martre Kolinsky pour les détails, ainsi qu’une brosse à dents, très pratique pour les éclats de lumière.

Pour le support, j’utilise du papier Arches 300g.

 

Etape 1

Je réalise un petit croquis format carte postale pour évaluer à peu près le résultat final et ainsi minimiser mes chances d’être déçu en cours de route. Comme dit Robert A.Wade, je préfère peindre avec le cœur plutôt qu’avec mes yeux…

 

 

Etape 2

Le dessin est l’étape la plus importante, c’est le squelette d’une oeuvre. Je prends soin de respecter les formes. Je modifie légèrement les proportions car je veux plus de recul afin de ne pas étouffer l’œil, sans trop détailler pour rester à l’essentiel. Paradoxalement, plus je dessine et moins les traits sont apparents!

 

 

Etape 3

J’humidifie la feuille dans la partie supérieure et inférieure sans prêter attention au sujet principal (la cabane)

 

 

Etape 4

Une aquarelle se travaille du clair au foncé.Je pose les premiers lavis avec un mélange d’ocre jaune et de jaune citron pour le fond,

Je fais de même pour le sol. A l’aide d’une feuille d’essuie-tout, j’estompe quelques parties du lavis afin d’avoir plus de lumière, de manière douce, brumeuse avec des valeurs claires. 

 

Etape 5

Je profite que le papier soit encore humide pour incorporer quelques touches de vert de vessie pour les feuilles de la partie supérieure et le sol. Ainsi, je donne plus de relief avec des valeurs moyennes.

 

 

Etape 6

C’est au tour des masses plus foncées maintenant, je les travaille avec un mélange d’Outremer et de Cramoisie d’Alizarine, pour obtenir un lavis foncé pur et chaud qui guidera l’œil dans la composition. Je les fonds dans le lavis de base à l’aide de coups de pinceaux secs. J’estompe les traits trop brutes avec de l’essuie-tout.

 

 

Etape 7

Le papier étant mi-mat voir presque sec, je reviens vers la partie supérieure en travaillant les détails des branches, cette fois-ci avec le traînard (pinceau très fin pour dessiner des lignes ou surligner), outil merveilleux… Un mélange de vert de vessie/terre de Sienne brulée. J’alterne les deux pour donner plus de relief, parfois plus de terre ou plus de vert. 

 

 

Etape 8

En attendant que le branchage sèche je poursuis la branche jusqu’au tronc, avec une valeur moyenne en haut pour renforcer la lumière sans trop attirer l’œil puis des valeurs foncées pour le tronc. Cette-fois-ci, un mélange de vert de vessie/terre de Sienne/outremer.

En effet, même avec des lavis foncés on obtient une belle transparence, d’où l’importance de bien choisir les couleurs dans sa palette pour ne pas trop les salir (à part si vous souhaitez obtenir une couleur terne).

 

 

Etape 9

Une fois la partie supérieure sèche, j’ajoute des valeurs plus foncées que je fonds avec le reste, grâce à la fameuse brosse à dents qui incorpore des éclats de lumière. Dernière étape du feuillage, il faut éviter d’y revenir maintenant afin de ne pas surcharger la peinture.

 

 

Etape 10

En dernier, nous réalisons les petits détails pour l’arbre, quelques brindilles verdâtres au fond que je connecte avec la branche pour l’équilibre et la profondeur, et pour renforcer l’impression de lumière. La partie supérieure est désormais finie.

 

 

Etape 11

Je connecte le tronc à la partie inférieure avec un mélange plus froid que la partie supérieure du tronc, vert de phtalo/bitume, pour obliger l’oeil à monter vers le chaud. Le vert bleu avec le vert jaune étant les « splits » complémentaires (couleurs voisines de la complémentaire, ici le vert) du rouge/violet (couleur dominante) qui sera sur la cabane. Cela renforcera l’aspect dramatique de celle-ci. J’ajoute quelque lignes directrices de la taule, vers le buisson rouge/violet.

 

 

Etape 12

Je continue à connecter les ombres entre elles, celles du buisson avec celles de la cabane. Je place des valeurs plus foncées pour attirer l’œil, mélange de cramoisie d’alizarine/terre de sienne brûlée pour un rappel de couleurs. J’utilise des contrastes forts, tranchants pour la façade (point focal) que je laisse blanche. Je poursuis le haut de la cabane avec du vert phtalo/bitume.

 

Etape 13

Il est temps de passer à la façade du premier plan, même processus, Un lavis d’ocre/terre de sienne brulée/vert de vessie adjacent au cramoisie d’alizarine. Des contrastes marqués humide/sec clair/foncé, que je connecte également au sol pour les planches de bois. Je n’hésite pas à utiliser mes ongles pour les rehauts de lumière.

 

 

Etape 14

Un mélange de vert phtalo/bitume pour un rappel, de faible saturation pour la partie droite de la cabane sur les planches et l’escalier, mais plus marqué en allant vers la gauche, ce qui en fait une ligne directrice. Un léger lavis de cendre bleue pour refroidir la partie droite et rediriger également l’œil vers le point focal. Je renforce aussi le sol par un lavis de valeur moyenne cendre bleue/terre de Sienne brûlée pour équilibrer le tout.

 

Etape 15

Et bien l’oeuvre est terminée je pense… ne jamais en faire trop, pourtant on a toujours tendance à fignoler c’est là le problème… Il manque juste une signature ! Une belle lumière s’en dégage, j’ai réussi ce que je voulais faire, une atmosphère retravaillée, calme pour la nature et dramatique pour le côté vétuste de la cabane. Mon grand-père aimait tellement s’y rendre… Après le pourquoi dans mon interview, voici le comment. Je suis très honoré de vous avoir présenté ma démarche à l’aquarelle, merci au Géant des Beaux Arts, et bonne peinture à tous !

 

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